Le système monétaire des 17ème et 18ème siècles était basé sur un système duodécimal de monnaie de compte (système de numération en base 12). Bien que très complexe pour la population rurale et analphabète que fut celle de la France féodale et post moyenâgeuse, ce système a traversé les siècles pendant plus de 1000 ans.
Les unités de base étaient la livre, le sol et le denier, ces deux dernières étant des subdivisions de la livre : 20 sols équivalent à une livre, 12 deniers font un sol (donc 1 livre = 20 sols = 240 deniers). D’autres pièces ont existé, comme l’écu ou le louis, mais celles-ci représentaient toujours une somme en livres et subdivisions. Ces monnaies de métal fin voyaient leur cours fluctuer au fil des ans : un louis d’or de 1720 avait une valeur différente d’un louis d’or de 1722.
Avertissement : Le système monétaire de l’ancien régime étant complexe et très riche en réformes et rebondissements, seuls quelques notions et évènements importants seront présentés ci-dessous. Cette fiche se veut synthétique, s’appuie sur la bibliographie disponible en bas de page et n’est en aucun cas un ouvrage numismatique en 3 tomes.
Petit historique
755-780 – les prémices

Denier de Pépin le Bref - Lyon
L’usage du compte par livres, sols et deniers dans les proportions cités ci-dessus est apparu sous les rois mérovingiens : Pépin le bref en 755, dans l’article 27 (« De moneta ») du « Capitula Synodi Vernensis », ordonne qu’il ne soit pas frappé plus de 22 sols dans une livre.
Peu après, son fils et successeur, Charlemagne, indique dans un décret suivant son capitulaire de l’année 779 (« Decretale Precum Quoundam Episcoporum ») que « …ceux qui ont un fief de 200 vassaux paient une demi-livre, et ceux qui ont 100 vassaux paient 5 sols… ». Par ce texte il est intéressant de remarquer que 5 sols font la moitié d’une demi-livre, donc que 5 sols font le quart d’une livre : la livre faisait déjà 20 sols en 779-780.
1343 – Le compte en « livres et souls »

Denier Parisis sous Philippe VI
D’une manière plus officielle, ce fut Philippe VI de Valois qui, par son ordonnance du 22/08/1343 à Paris, décréta officiellement que « …touz les marcheanz et autres personnes de quelque estat et conditions que ils soient, que aucun ne soit si hardiz de marcheander, ne faire aucun contraut de marchandises quelque comment que ce soit, à nombre de Deniers d’or, de gros Tournois, ne à marc d’or ne d’argent, mais seulement à LIVRES et à SOULZ… ». (extrait de l’article 13 de l’ordonnance du 22 août 1343).
Tournois ou Parisis ?
Jusqu’en 1667, il existait deux systèmes « livre, sol, denier » : le tournois et le parisis. La monnaie dite « Tournois » était appelée ainsi car cette monnaie était frappée initialement à Tours, par opposition à la monnaie parisis qui, elle, était frappée à Paris.
Les deux systèmes ont cohabité pendant longtemps, la livre tournois étant surtout utilisée au sud de la Loire et la livre parisis dans le nord du pays, bien que cette dernière ne fut que très peu utilisée face au système tournois. Pour ne pas arranger les choses, le système parisis était plus fort d’un quart que le système tournois et 1 livre parisis, donc équivalant à 20 sous ou sols parisis valait 25 sous ou sols tournois.
Vu la complexité du système monétaire en place, Louis XIV, par une ordonnance de 1667, donne l’obligation de compter dorénavant par livres, sous et deniers, mais sans distinction de système. Celui-ci est tout de même basé sur les sommes tournois ; les anciennes valeurs parisis sont toujours admises mais il faudra désormais les réévaluer et convertir les sommes pour les ramener en livres tournois. (Ordonnance civile touchant la réformation de la justice, avril 1667 à St Germain en Laye, titre XXVII, art 18).
Liard, écu, louis…
Toutefois, le sol et le denier n’étaient pas les seules monnaies existantes. Les siècles ont vu apparaître et disparaître de nombreux types de monnaies, chacune ayant leur valeur propre, leur cours évoluant au fil du temps.
Parmi les pièces existantes dans les années 1600 et 1700, nous pouvons citer par exemple:

Louis d'or aux "écus accolés" Lyon - 1787
- Le louis d’or : monnaie en or fabriquée pour la première fois par Louis XIII en 1640 (Ordonnance de St Germain en Laye du 31/03/1640). Pièce emblématique des Louis XIII, XIV et suivants, elle n’a cessé de voir son cours fluctuer au fil des ans, suites aux différentes dévaluations et nouvelles frappes monétaires. D’une valeur de 10 livres en 1640, elle passa par une valeur de 20 liv. en 1709, 54 liv. en 1721 pour retomber à 24 livres en 1726 et y rester. Voir la fiche sur le Louis d’Or.

Ecu dit "à la mèche longue" Poitiers - 1648
- L’écu de France: ou écu blanc d’argent, ou encore louis d’argent est une pièce apparue sous cette forme par un édit de septembre 1641. D’une valeur initiale de 60 sols (3 l. tourn.) son cours passa à 6 l. tourn. en 1726. Le terme d’écu est apparu bien plus tôt, sous le règne de Louis VII. A noter qu’il existe des sous divisions de l’écu, telles que le demi-écu, le quart d’écu ou le dixième d’écu, valant respectivement 0,5 écu, 0,25 écu et 0,10 écu.

Liard de France - 1697 - Poitiers
- Le liard : petite monnaie de cuivre créée sous Louis XIV par déclaration du 1er juillet 1654, pour une valeur de 3 deniers tournois, bien qu’il y ait eu trace des liards sous Louis XI. De 1658 à 1694, le liard était donné pour 2 deniers tournois, et réévalué à 3 deniers tournois à partir de 1694. Cette monnaie, de très faible valeur par rapport aux livres et aux autres louis et écus, était très utilisée par le peuple.
La fin d’un système

1 décime Dupré - An 5 - Paris
Ce système monétaire prit fin peu de temps après la Révolution. Par souci d’uniformisation de tous les systèmes des poids et mesures, le nouveau gouvernement instaura le fait que les pièces seront désormais des francs, qu’un franc sera subdivisé en 10 décimes, et 1 décime en 10 centimes (Décrets du 18 Germinal et 28 Thermidor de l’an III).
L’année suivante, une loi instaure une correspondance entre d’ancien et le nouveau système. Les nouvelles « …pièces républicaines de 5 Francs seront reçues pour 5 livres 1 sols et 3 deniers. » (Loi du 25 Germinal de l’an IV).
Enfin, pour entériner l’ancien système, au cours de l’An 7, une loi impose que les comptes seront fait en franc à partir du 1er Vendémiaire prochain (Loi qui fixe les règles de comptabilité conformément au nouveau système des poids et mesures du 17 Floréal de l’An 7).
Toutefois, cette transition monétaire ne s’est pas faite du jour au lendemain et il a fallu attendre une dizaine d’années pour que le Franc supplante définitivement la livre.
Petit dictionnaire monétaire
- Livre (la): la livre en tant pièce de monnaie n’existe pas. Le terme livre correspond à une unité de poids dans laquelle étaient taillés un certain nombre de flans pour en faire des pièces (au temps de Charlemagne, la livre de métal était divisée en 20 parties égales pour en faire 20 sols). Une livre égale 489,5 grammes.
- Marc (le) : subdivision de la livre (2 marcs = 1 livre), dans laquelle étaient taillées les monnaies royales. Lorsqu’on parle d’une pièce taillée au 1/32 de marc, cela signifiait que l’on faisait 32 pièces dans un marc de métal fin. Le marc tournois valait 244,75 grammes, le marc parisis valait 195,80 grammes.
- Obole (une) : terme qui signifiait la moitié d’un deniers (2 oboles = 1 denier). Lorsqu’un role de taille précisait qu’une personne a versé l’obole pour cet impôt, cela signifiait qu’elle n’a vraiment pas donnée grand chose, vu sa pauvreté.
Bibliographie
- Extrait des édits, déclarations et arrêts du Conseil concernant les monnoyes de France à commencer en l’année 1640 avec les empreintes de toutes les espèces d’or et d’argent et les augmentations ou diminutions ordonnées sur celles depuis 1689 jusqu’en 1731. A Amiens : Chez la Veuve de Jean-Baptiste Morgan, 1731. – 40p. ; 25 cm
- Ordonnances des rois de France de la troisième race, recueillies par ordre chronologique… Paris : imp. royale, 1723-1782. 14 vol. ; in-folio
- Recueil des Edits et déclarations du Roi, lettres patentes, arrets du conseil de sa Majesté, vérifiés, publiés et régistrés au Parlement à Besançon, et des réglements de cette cour. Depuis la réunion de la Franche-Comté à la Couronne. A Besançon : chez Cl. Jos. Daclin, 1771-1778. 5 vol. ; in-folio
- ABOT DE BASINGHEN, François. Traité des monnoies et de la juridiction des monnoies en forme de dictionnaire qui contient l’histoire des monnoies… A Paris : Chez Guilly, 1764. 2 vol. ; in-4°
- BALUZE, Etienne. Capitularia regum Francorum Additae sunt Marculfi monachi & aliorum formulae veteres, & notae doctissimorum virorum. Stephanus Baluzius tutelensis in unum collegit, ad vetustissimos codices manuscriptos emendavit, magnam partem nunc primum edidit, notis illustravit. Parisiis : Fr. Muguet, 1677. 2 vol. ; in-2°
- BARROT, Odilon. Bulletin annoté des lois, décrets et ordonnances depuis le mois de juin 1789 jusqu’au mois d’août 1830… Paris : chez P. Dupont, 1834-1840. 16 vol. ; in-8°
- BLANCHET, Adrien. Monnaies frappées en Gaule depuis les origines jusqu’à Hugues Capet. Paris : Librairie Alphonse Picard et Fils, 1912 – 431P. : ill ; 24 cm
- BRISSON, Barnabé. Le code du roy Henry III Roy de France et de Pologne… Paris : Claude Morel, 1609 ; in-2°
- DUPRE DE SAINT-MAUR, Nicolas-François. Essai sur les monnoies, ou réflexions sur le rapport entre l’argent et les denrées. Paris : Chez Jean-Baptiste et De Bure, 1746. – XXI-220-188p. ; in-4°
- MELON, Jean-François de. Essai politique sur le commerce, par M. de Melon, ci-devant secrétaire de Monseigneur le Duc d’Orléans, régent de France. A Amsterdam : Chez François Changuion, 1754. ; in-12°
- LE BLANC, François. Traité historique des monnoyes de France, avec leurs figures, depuis le commencement de la monarchie jusqu’à présent, par Fr. Le Blanc. Paris : chez J. Boudot, 1690 – 419 p. : front. / fig. ; in-4°
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