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Robert-François Damiens avant son exécution - Estampe sans nom Copyright BnF
Versailles, le 5 janvier 1757, vers 17h du soir. Louis XV sortait tranquillement de ses appartements, accompagné de son fils et de quelques suivants.
A l’approche de son carrosse, un inconnu surgit du dessous d’un escalier et s’élance vers le monarque, un couteau à la main, avec une ferme idée en tête…
Retour sur une tentative de régicide qui se termina dans la plus extrême cruauté, marquant les esprits pendant de nombreuses années.
Le Roi est blessé !
« On m’a donné un furieux coup de poing » , tels furent les premiers mots prononcés par le roi après l’attaque de l’inconnu.
Machinalement, il glissa sa main sous ses habits et la ressortit ensanglantée. « Je suis blessé ! » dit-il ensuite. Il se retourna vers l’inconnu en disant à ses hommes : « C’est cet homme là qui m’a frappé, qu’on l’arrête et qu’on ne lui fasse point de mal ».
Robert-François Damiens, après avoir planté un couteau entre la 4ème et la 5ème côte droite du roi, menacé le Dauphin, se rendit sans résistance et emmené dans les prisons de Versailles, ne se doutant certainement pas des douleurs que son geste allait lui infliger.
Le roi retourna dans ses appartements pour y être soigné. Sa blessure, légère et peu profonde mis quelques semaines à cicatriser mais à aucun moment sa vie ne fut en danger.
Qui est Robert-François Damiens ?

Le feu "libérateur" et "purificateur"
L’inconnu, ayant déclaré son identité, dit s’appeler Robert-François Damiens, qu’il est domestique et originaire de la région d’Arras.
Les premiers interrogatoires mirent en lumière les premières motivations de cet attentat : prévenir le roi de ne pas s’écarter du droit chemin, de penser plus à ses sujets qu’à lui-même ainsi que de se recentrer sur les responsabilités qui lui incombent. Par ailleurs, ces premiers interrogatoires « musclés » valurent au roi une lettre de Damiens, lui précisant que son ordre « de ne point lui faire de mal » ne fut nullement respecté par ses tortionnaires.
Robert-François Damiens est né le 9 janvier 1715 à La Thieuloye, village situé près d’Arras. Il est le fils de Pierre-Joseph Damiens, encore en vie et de feue Marie-Catherine Guillemant. Il est marié à Elisabeth Molerienne, cuisinière. Il a une fille de 18 ans, enlumineuse.
Il a un caractère impulsif, violent, impatient. Il sait lire et écrire et possède l’instruction nécessaire pour évoluer dans des maisons aisées comme domestique ou laquais. Il possède un esprit assez vif pour ne pas éveiller les soupçons lors de ses repérages à Versailles.
Damiens en prison
Damiens fut enfermé du 5 janvier jusqu’au 28 mars, date de son exécution. Plusieurs arrestations suivirent ses interrogatoires durant lesquels il a toujours nié avoir des complices, même sous la pression des magistrats. Son vieux père, sa femme et sa fille furent aussi arrêtés et enfermés à la Bastille, ainsi qu’un bon nombre de personnes de son entourage proche (oncles, tantes, employeurs…).
D’infimes précautions furent prises pour le surveiller, bien le nourrir et bien le soigner jusqu’à la fin de son procès : il ne fallait surtout pas qu’il s’échappe ou pire, qu’il se suicide !
- 5 janvier 1757 : Damiens est arrêté et conduit dans les prisons de Versailles. Il sera torturé une première fois avec des pinces chauffées au fer rouge, contre l’avis du roi (avant le 10 janvier)
- 14 janvier 1757 : il est question de transférer le prisonnier à La Conciergerie, dans la tour Montgomery (qui n’existe plus de nos jours) juste au dessus de la cellule de Ravaillac, assassin de Henri IV (certains textes précisent que la cellule était la même et non celle du dessus). Mais le transfert est reporté, car les blessures du prisonnier sont encore bien fraîches. Sa famille est arrêtée.
- 17 janvier 1757 : dans la nuit, Damiens est incarcéré à la Conciergerie. Il est mis sous très haute surveillance : 4 gardes se trouvent en permanence dans la cellule, relevés toutes les 4 heures. Huit autres étaient à disposition dans la pièce du dessus, prêt à intervenir au moindre bruit suspect. Un officier de bouche et deux médecins sont à la disposition du prévenu jusqu’à son exécution.
Le lit de Robert-François Damiens
Description de la cellule de Damiens
Cette chambre ronde et qui peut contenir douze pieds en tout sens n’est éclairée que par deux meurtières… de huit à neuf pouces de large sur trois pieds de haut… Il n’y avait dans la chambre aucune cheminée ni feu, mais elle était suffisamment chaude par l’effet du poele placé dans le corps de garde au dessous… Dans ce lit, il (le prisonnier) était attaché par un assemblage de fortes courroies de Hongrie… ces courroies lui tenaient les épaules et…étaient attachées à des anneaux scellées au plancher. Deux autres courroies formaient un lien à chacun de ses bras… Deux autres courroies contenaient également les cuisses et étaient rattachées de même … on avait étendu sous les bras et les mains de l’accusé un large tapis de peau, pour qu’il ne contracta aucune chaleur inflammatoire ni écorchure.
Il n’était détaché que pour ses besoins naturels, restant toujours sous surveillance et à la lueur continuelle de quelques bougies. Il ne pouvait se tenir debout très longtemps, ses brûlures faites à Versailles n’étant pas encore guéries.
L’exécution capitale
Le 28 mars au matin, Damiens fut extrait de sa cellule et transporté devant ses juges pour lecture de sa sentence, dont voici un extrait :
… ledit Damiens condamné à faire amende honorable devant la principale porte de l’Eglise de Paris, où il sera mené et conduit dans un tombereau, nu en chemise, tenant un cierge de cire ardente du poids de deux livres… ce fait, mené et conduit à la place de Grève, sur un échafaud qui y sera dressé, tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras de jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, brûlée de feu de soufre et sur les endroits ou il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix raisine bouillante, de la cire et soufre fondus ensemble et ensuite son corps tiré et démembré à quatre chevaux et ses membres et son corps consumés au feu, réduits en cendre et ses cendres jetées au vent… Ordonné qu’avant ladite exécution, ledit Damiens sera appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, pour avoir révélation de ses complices…
Tout un programme…
Une fois la déclaration faite, Damiens aurait dit « la journée sera rude ». La foule se pressa Place de Grève, devant l’Hôtel de Ville pour assister au spectacle. Les places sont chères, les fenêtres dans les bâtiments louées à prix d’or. Une gazette du 8 avril, rapporta qu’un homme se défenestra par accident, tuant deux personnes en tombant.
Plusieurs textes relatent avec une extrême précision toute l’horreur de son exécution lors de cette journée. Pour les plus courageux d’entre vous, un texte complet est disponible ici au format PDF.
A l’énoncé de la sentence, le bourreau de l’époque, issu de la célèbre famille Sanson, chercha même à se faire remplacer pour éviter d’avoir à administrer autant de douleur à un être humain, mais en vain. Son neveu, âgé de 18 ans à peine, qui fut son assistant en qualité de futur bourreau, en resta lui aussi extrêmement choqué, il ne put d’ailleurs pas l’assister jusqu’au bout. Cet écartèlement fut le dernier de l’histoire. Il marqua pendant longtemps les esprits pourtant déjà éclairés par « le siècle des Lumières ».
Sa famille déclarée indésirable
Le jour suivant, le 29 mars, la sentence tombe pour le reste de sa famille :
- Elle doit changer de patronyme,
- La père, la femme et la fille doivent quitter le royaume et ne pas y renvenir sous peine de pendaison,
- La maison natale de Robert-François Damiens doit être rasée et aucun bâtiment ne doit être reconstruit à sa place.
Mais le roi, convaincu de l’innocence du père, de la femme et de la fille de l’assassin leur accorde respectivement une pension de 600, 300 et 300 livres, une coquette somme ! Le premier va se retirer à Poperighe (actuellement en Belgique), la mère ansi que la fille vont partir s’exiler à Saarlouis en Allemagne.
Le 27 avril, la famille est libérée. Elle portera désormais le nom de Guillemon et devra quitter le royaume dans les 24 heures pour les lieux qu’ils ont indiqués aux magistrats, après que le roi leur ait versé une année de pension.
Pour aller plus loin
Les motivations profondes de Damiens, sa personnalité, son procès et ses relations avec les conflits de l’époque sont entachées de part d’ombre et de mystères. Les magistrats, aux travers des rapports édits et « relations » décrivant les interrogatoires le font rapidement passer pour fou, alors qu’il semble avoir toute sa tête.
Toujours est-il que le roi, changea de comportement après cette tentative d’assassinat. Quelques historiens se sont penchés sur le sujet, nous montrant à quel point ce procès fut truqué de bout en bout.
Bibliographie
- LE BRETON, Alexandre-André. Pièces originales et procédures du procès fait à Robert-François Damiens, tant en la prévôté de l’Hôtel qu’en la Cour de Parlement. Paris : Pierre-Guillaume Simon, 1757. XLII-610-28 p ; in-4°
- LUZACH, Etienne. Nouvelles extraordinaires de divers endroits. [périodique]. n° 4 du 14 janvier 1757, n° 5 du 18 janvier 1757, n° 6 du 21 janvier 1757, n° 7 du 25 janvier 1757, n° 8 du 28 janvier 1757, n° 27 du 5 avril 1757, n° 28 du 8 avril 1757, n° 34 du 29 avril 1757, n° 35 du 3 mai 1757, n° 37 du 10 mai 1757. A Leyde.
- POTTET, Eugène. Histoire de la Conciergerie du palais de Paris. Paris : Quantin, 1887. 1 vol. 272 p. ; 18 cm
- SANSON, Henri-Clément. Sept générations d’exécuteurs, 1688-1847 : mémoires des Sanson. Paris : Dupray de La Mahérie, 1862-1863. 6 vol. ; in-8
