| 1761 «« | Retour en 1762 | »» 1763 |
La Foire Saint-Germain, lieu où l’on pouvait voir divers spectacles de rue, danseurs, marionnettistes, des « singularités de diverses sortes », mais aussi quelques marchands merciers, de dragées ou de poupées a pris feu en plein Paris, la nuit du 16 au 17 mars 1762.

Eglise Saint-Sulpice à Paris © Tomoyoshi Noguchi
Voici, présenté ci-dessous, une la description de ce drame trouvé dans un journal de l’époque .
« La nuit du 16 au 17 de ce mois (mars), le feu prit en cette Capitale à la Foire Saint-Germain. Un vent de nord, qui soufflait avec une extrême violence, fit faire en peu de temps un si grand progrès aux flammes, qu’en moins de cinq heures, toutes les boutiques et loges de la foire qui n’étaient construites que de bois, furent totalement consumées. Les maisons voisines opposées à la direction du vent, auraient couru un grand risque si l’activité des Gardes Françaises ne les eut garanties ; cependant l’église de Saint-Sulpice a été un peu endommagée : le feu avait gagné deux poutres de la Chapelle de la Vierge ; et quelques plombs de couverture ont été fondus. Un seul charpentier a eu le malheur de périr dans les flammes : il y a eu trois autres ouvriers blessés, & deux ne l’ont été que légèrement.
Le Premier Président de Police et plusieurs des Principaux Magistrats, se sont transportés au lieu de l’incendie : par leurs soins & par la sagette des ordres qu’ils ont donnés ; on n’a perdu que plus que la dixième partie des marchandises, qui, sans les précautions dont on a usé, auraient pu être exposées au pillage. »
La bonté a ses limites
Les magistrats, qui « par la sagesse des ordres qu’ils ont donnés », ont permis aux maisons voisines d’accueillir les divers meubles et objets sauvés des flammes. Toutefois, pour éviter quelques disparitions malencontreuses, l’ordonnance suivante a été émise 3 jours plus tard, intimant les propriétaires temporaires de rendre les biens :
Ordonnance de Police

Gendarme au 18ème
qui enjoint aux particuliers chez lesquels il a été déposé des Meubles & Effets provenant des magasins et boutiques de l’enclos de la Foire Saint-Germain, ou des Maisons voisines, lors de l’incendie du dix-sept de ce mois, de les rapporter dans huitaine du jour de la publication de la présente Ordonnance, au Couvent des Petits-Augustins, pour y être déposés dans telle salle qui sera indiquée par le portier de la maison.
Du vingt mars mil sept cent soixante deux,
Sur ce qui Nous a été remontré par le Procureur du Roi, que dans l’horreur du désastre par lequel, la nuit du seize au dix-sept de ce mois, tout l’enclos de la Foire Saint-Germain a été réduit en cendres, il n’a pu, sans admiration, être témoin du zèle avec lequel ceux dont le secours pouvait être utile ou nécessaire, s’y sont portés pour arrêter le progrès des flammes ; il n’a pas moins été touché de voir dans la proximité, les Palais des Princes devenir l’asile des malheureux, & avec quels sentiments d’humanité, sur un aussi bel exemple, tous les habitants des maisons circonvoisines se sont empressés à procurer un abri sûr aux marchandises, que des mains aussi courageuses que charitables, avaient pu dérober à l’impétuosité du feu ; mais comme dans une aussi grande confusion, la charité même peut avoir besoin d’un guide éclairé qui la conduise dans les restitutions dont elle s’est fait une loi ; ledit Procureur du Roi a pensé qu’il était de son devoir de Nous proposer d’indiquer au Public, qui le désire sans doute, les moyens les plus propres de remplir cet objet.
Il se réserve par la suite, si les circonstances le demandent, & suivant l’exigence des cas, de déployer toute la sévérité de son ministère, & de se pourvoir même au (tribunal) Criminel, contre ceux, s’il s’en trouve, qui pourraient être prévenus d’avoir fait servir jusqu’au victimes du malheur public, de proie à leur cupidité.
A ses causes, réquérait ledit Procureur du Roi [...] ordonnons que dans huitaine pour tout délai, à compter du jour de la publication de notre présente Ordonnance, tous ceux qui auront retiré chez eux des Meubles, Hardes ou Effets provenant des Magasins, Boutiques ou Echoppes qui étaient dans l’enclos de la Foire Saint-Germain, ou des Maisons voisines qu’on a jugé à propos de déménager, seront tenus de les rapporter & de les déposer dans une des salles du Couvent des Petits-Augustins, qui leur sera indiquée par le portier dudit Couvent, pour chacun desdits Meubles, Hardes ou Effets être remis par les Commissaires Chenu, Guyot & Léger ou l’un d’eux, que Nous commettons à cet effet, en présence d’un des Syndics de la Foire, à ceux qui donneront des indications certaines que lesdits Meubles, Hardes ou effets leur appartiennent, & qu’ils en sont les véritables propriétaires ; de laquelle remise ledit Commissaire dressera procès-verbal, qu’il signera & fera signer, tant au Syndic de la foire, présent, qu’à la personne à laquelle la restitution sera faite ; le tout sans frais. Et sera notre présente Ordonnance imprimée, lue, publiée & affichée partout où besoin sera, à ce que personne n’en ignore.

Eglise Saint-Sulpice à Paris en aquarelle
Ce fut fait & donné par Nous ANTOINE-RAYMOND-JEAN-GUALBERT-GABRIEL DE SARTINE, Chevalier, Conseiller du Roi en ses Conseils, Maître des Requêtes ordinaires de son Hôtel, Lieutenant Général de la Ville, Prévôté & Vicomté de Paris, le vingt Mars mil sept cent soixante-deux.
Morisset, Greffier
L’ordonnance ci-dessus a été lue & publiée à haute & intelligible voix, à Son de Trompe & Cri public, en tous lieux & endroits ordinaires et accoutumés, par moi Philippe Rouveau, Huissier à Verge & de Police au Châtelet de Paris, & seul Juré-Crieur ordinaire du Roi & des Cours & Juridictions de la Ville, Prévôté & Vicomté de Paris, y demeurant rue Saint Denis, vis-à-vis l’ancien grand Cerf, Paroisse Saint-Leu Saint Gilles, soussigné accompagné de Louis-François Ambezar & Claude-Louis Ambezar, Jurés Trompettes, le 21 Mars 1762, & affichée ledit jour esdits lieux & autres ou besoin a été, à ce que personne n’en prétende cause d’ignorance.
Signé, Rouveau
Bibliographie
- Mercure de France : dédié au Roi. [périodique]. A Paris, chez Chaubert, Jorry, Prault, Duchese, Cailleau, Cellot. Avril 1762, Premier volume. In-12.
- LUZAC, Etienne. Nouvelles extraordinaires de divers endroits. [périodique]. N°25 du 26 mars 1762, N°27 du 2 avril 1762. A Leyde.
Iconographie
- QUICHERAT, J. Histoire du costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Paris : Librairie Hachette et Cie. 1877. Gravure du Gendarme, colorisée.
- SOISICK, Etude de l’église Saint-Suplice à Paris. Aquarelle. 2010.
- TOMOYOSHI, Noguchi. Photo de l’église Saint-Sulpice à Paris. 2006. Site : www.tomoyoshi.jp. Avec son aimable autorisation.