1762 – Les déboires de Rousseau

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Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques ROUSSEAU

Le XVIIIème siècle, considéré comme celui des Lumières et des philosophes éclairés, était encore bien critique sur certains livres novateurs, certainement trop pour l’époque.

« Emile, ou de l’éducation », un livre décrit comme voulant être un idéal pour l’éducation des enfants et adolescents, en a fait les frais. En voici quelques anecdotes et critiques retrouvées dans les journaux de cette année.

Courant avril-mai 1762, Jean-Jacques Rousseau écrit son « Emile », ouvrage contenant quelques idées révolutionnaires pour l’époque, surtout d’un point de vue politique et religieux. Ce livre, comme nous pourrions le dire aujourd’hui, a fait un véritable buzz, mais dans le mauvais sens du terme, provoquant la colère du pouvoir en place et l’exil de Jean-Jacques Rousseau pendant plusieurs années.

Fin mai 1762, donc peu de temps après sa sortie, le livre commence a être vivement critiqué, mal compris et « fera de la peine à son auteur », aux dires des journaux de l’époque(1). Une pression supplémentaire se fait sentir de par le fait que l’Eglise et la Royauté signifient également leur désaccord avec son contenu.

Rousseau se défend en argumentant que ce livre, non terminé, a été imprimé tel quel et sans son consentement. Quoi qu’il en soit, le mal est fait et Rousseau doit fuir la France, pour éviter le décret de prise de corps (2) qu’a prononcé contre lui le Procureur Général de Paris en date du 9 juin 1762.

Personne ne sait ou Rousseau se trouve mais il continue d’écrire et de défendre ses ouvrages. Certains le disent en Angleterre, d’autres sous la protection de ses amis. Personne ne sais réellement ou celui-ci s’est exilé.

En fait, Rousseau s’est tout simplement réfugié dans sa Suisse natale, dans le petit village de Moitié-Travers, près de Neuchatel, ou il observe, bien impuissant, l’autodafé de son « Emile », interdit en France, en Suisse et en Hollande.

Une phrase peut très bien résumer l’année 1762 pour Rousseau : « Peu d’auteurs se sont attirés une proscription aussi illustre ». (Mémoires secrets du 2 août).

Problèmes de Spam ?

Ce livre fait tellement de bruit que son auteur fut l’une des premières victimes du courrier non sollicité, bien que le courrier électronique n’existait pas encore : Jean-Jacques Rousseau s’est donc fait spammer ! Voici ce qu’on peut lire dans le Mercure de France d’avril 1762 : « Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, prie MM. les Auteurs de ne plus lui envoyer leurs ouvrages, surtout par la poste & Messieurs les Beaux-Esprits de ne lui plus écrire de Lettres de compliment, même affranchies, n’étant pas en état de payer tant de ports, ni de répondre à tant de lettres. »

Bibliographie

  • Mercure de France, dédié au Roi. Avril à Octobre 1762.
  • Bachaumont. Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la République des lettres en France, Tome 1, année 1762-1763. A Londres : Chez John Adamson, 1784.
  • Ferrière, Claude-Joseph de. Dictionnaire de Droit et de pratique contenant l’explication des termes de droit… A Paris chez la veuve Brunet, 1769.

Iconographie

  • Rousseau, Jean-Jacques.Collection complette des oeuvres de J.-J. Rousseau. Londres : [s.n.], 1774-1783. 12 vol. ; in 4°

Notes

1. Mémoires secrets pour servir… , 26 mai 1762.

2. « Le décret de prise de corps est un jugement que le Juge rend quand, par les charges et informations il lui apparaît qu’il s’agit de crimes sujets à punition corporelle ; auquel cas il ordonne que l’accusé sera pris et conduit dans les prisons, et ce décret emporte interdiction.  » Extrait du Dictionnaire de Droit et de pratique, 1769. Cette définition correspond à notre mandat d’arrêt actuel.

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