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Le 8 juin 1783 – Le Laki entre en éruption
Chaîne volcanique islandaise, le Laki (ou Lakagigar) se fissure le 8 juin 1783, déversant son flot de lave et de poussière sur la terre et dans le ciel. L’éruption gigantesque est catastrophique pour tout l’hémisphère nord et entraînera une modification profonde du climat pendant plusieurs années.
Une catastrophe climatique

La chaîne du Lakagigar en Islande Photo Albert Sarlé - www.lliurealbir.com
L’éruption cause beaucoup de dégâts, d’un point de vue humain comme climatique. En Islande, il est reporté que 50% du nombre total des bovins, 80% des moutons et chevaux ainsi 20% des hommes périrent au cours de ce désastre.
Comme au cours de la plupart des éruptions volcanique, celle-ci s’accompagne d’un important nuage de gaz sulfuré et de poussières, recouvrant tout sur son passage.
Ce nuage est tellement imposant qu’il va recouvrir la moitié de la France d’un épais nuage rosé et sulfureux pendant un mois, localisé à l’est d’une ligne allant de Bayeux à Béziers.
Le volcan fait également des morts en France : la mortalité augmente au dessus de la moyenne des années 1782-1784 à partir de juillet 1783, certainement dues à l’empoisonnement que cause le nuage sulfureux. Les régions les plus touchées sont se situent sur tout le flanc Est de la France.
Un curé bourguignon raconte…
Quelques témoignages peuvent être trouvés sur ce phénomène. Celui de l’abbé Giraud Soulavie a le mérite d’être écrit d’un point de vue scientifique et purement météorologique. Voici quelques extraits de ses observations relatés dans le Journal de Paris.
Lettre de M. l’Abbé Giraud Soulavie au R. P. Cotte, de l’Oratoire, Curé de Montmorency
C’est à vous, mon très Révérend Père, que j’ai l’honneur d’adresser la description des choses singulières qui se passent dans le ciel et sur la terre depuis la ville d’Auxerre jusqu’aux sources de la Seine, auprès desquelles je me trouve dans ce moment : vous vous occupez avec beaucoup de fruits des recherches météorologiques, et je me persuade facilement qu’en comparant mes observations faites en Bourgogne aux vôtres, vous pourrez tirer quelques résultats utiles pour le progrès de la science météorologique.
Observations physiques sur un nuage apparent observé en Bourgogne.
Une pluie froide, un vent froid et trois jours de beau temps ont précédé, à Sens, le brouillard ou plutôt le nuage dont je vais détailler les phénomènes. Je l’ai observé surtout à Auxerre ; son caractère est d’être peu épais, délayé dans le grand espace qu’il occupe, & d’être transparent plus ou moins.

Etendue du nuage provoqué par le Laki (en rose)
[...] Le nuage qui s’élève de la sorte est toujours adhérent à la surface de la terre ; il se moule sur les aspérités des montagnes et remplit l’espace et les sinuosités des vallées.
[...] Le nuage que j’ai prouvé occuper un grand espace en longueur, largeur et profondeur sur la surface de notre sol, est encore bien élevé au-dessus de nos plus hautes montagnes : sur le plateau supérieur d’où sort la Seine, j’ai vu le soir et le matin le soleil s’obscurcir et devenir très rouge.
A l’abbaye de St. Seine, observant ces faits avec les Religieux de la maison, nous avons longtemps fixé le soleil sans que l’oeil en ait été fatigué, et je ne puis mieux exprimer la modification de ses rayons par le brouillard, qu’en rapportant notre remarque : « le soleil serait bien visible aujourd’hui au télescope sans préparer les verres ». Ceux qui savent qu’on les noircit jugeront combien ce singulier nuage retient les rayons solaires, et les Physiciens qui s’occupent dans ce moment avec tant de succès des couleurs, pourront rechercher la cause de cette couleur, qui seule reste sans scintillation : enfin plusieurs personnes qui ont vu le soleil pour la première fois dans cet état, ont cru voir la lune.
[...] La chaleur, depuis dix heures jusqu’à trois, est insupportable ; le soleil parcourt alors un espace où le nuage est peu épais ; il darde ses rayons qui sont réfléchis par le nuage que j’ai vu former des cercles concentriques éblouissants.

Gros orage en Bourgogne
[...] Je ne puis point assurer si ce nuage admet dans son sein d’autres nuages qui ont formé tant d’orages, ou si ce nuage en se condensant a produit lui-même ces orages. Mais voici ce qui est bien certain. Tous les jours j’ai vu des hauteurs des montagnes Bourguignonnes un orage avec beaucoup d’éclairs et de tonnerres.
[...] Le caractère des nuages ordinaires est de se déplacer lorsqu’ils sont frappés d’un vent quelconque ; celui-ci dont il s’agit reste stationnaire ; il ne varie que par un peu plus ou un peu moins de condensation.
J’ai l’honneur d’être, mon très Révérend Père, etc. l’Abbé Soulavie. De l’abbaye de St. Seine sous les sources de la Seine, le Dimanche 29 juin 1783.
Continuation des observations de M. L’Abbé Giraud Soulavie, de St. Seine, à Dijon, Beaune, Nolay, Autun, etc.
[...]Descendant aujourd’hui de ces lieux élevés, je vois les mêmes nuages descendre comme le sol vers la pente qui jette les eaux dans la Méditerranée… Des voyageurs m’assurent qu’on l’a vu à Sedan, d’autres à Paris. Nulle part je n’ai reconnu heureusement aucune maladie épidémique. Partout le soleil est de la couleur d’un boulet rouge. Partout il occasionne des orages et d’affreux tonnerres. Partout la grêle a été très menue.
De Mont Cénis, le 5 juillet
Suite des Observations météorologiques de Mont-Cenis à Châlon sur Saone
L’abbé Soulavie continue en décrivant un tremblement de terre ressenti vers Couches (71) daté du 6 juillet 1783.
De nouveaux phénomènes devaient succéder aux précédents : à dix heures du matin, aujourd’hui 6 juillet, me trouvant à cheval à une lieue de Couches, devant les deux monticule de Dravin, hameau peu remarquable, j’ai vu à un quart de lieue ces deux petites montagnes mues par un tremblement de terre ; un arbre qui est au sommet a éprouvé des mouvements, et dans le même moment mon cheval et mon conducteur ont été surpris par un bruit très fort, semblable à douze coups de fusil tirés un peu loin & presque à la fois.

La France volcanique : le typique paysage auvergnat
Incontinent, j’ai grimpé sur les deux pics d’où l’on découvre un immense terrain, parce qu’ils sont situés au centre d’une vallée immense orbiculaire. On a cru qu’il n’existait aucune montagne volcanique en Bourgogne ; les deux pics de Dravin sont de lave basaltique, et il reste encore une apparence de la bouche.
[...] Je finis en observant que la terreur du peuple a été extrême dans plusieurs endroits, surtout dans les villages et hameaux : le phénomène est arrivé un jour de Dimanche, dans un moment ou le peuple était ou dans les églises ou dans les places publiques.
Chaque savant villageois donnait sa théorie ; le brouillard avait précédé, et ce brouillard, ce soleil ensanglanté le matin et le soir, cette prétendue nuit de deux jours à Paris, ces grêles fréquentes, ces tonnerres, et plus encore la réunion des paysans assemblés, etc. ont jeté dans la dernière consternation les pauvres gens, tant l’imagination est féconde, créatrice et pusillanime lorsqu’elle n’est pas domptée par la raison dans de pareilles circonstances. Au reste, le brouillard est bien diminué : le 5 et 6 de ce mois, il a été plus rare, et le soleil parait plus clair.
A Chalon sur Saône le 7 juillet 1783
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Sources
- Le Journal de Paris. Edition des 21 et 22 juillet 1783 (voir bibliographie)
- LE ROY LADURIE, Emmanuel. Histoire humaine et comparée du climat. 2, Disettes et révolutions : 1740-1860. Paris : Fayard, 2006. 611 p. ; 24 cm
- Les Dossiers Pour la Science.N° 51 de juillet 2003
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