Jusqu’où remonter en généalogie ?

En généalogie, retrouver ses ancêtres et remonter dans le temps a ses limites. En moyenne, et avec un peu de persévérance, vous pourrez retrouver vos ancêtres jusque dans les années 1650-1700. Avant ces années, c’est un peu plus difficile ; aller sur le Moyen-Age, c’est quasiment impossible, sauf en de très rares occasions.

Cette limite temporelle est très subjective et dépend de nombreux paramètres, comme le lieu de résidence de vos ancêtres, leur statut social, la qualité de conservation des archives, la lisibilité de celles-ci mais par dessus tout, de l’existence de registres… Cette règle est d’autant plus imprévisible qu’il est fort probable que vous ne puissiez pas remonter plus loin que 1750 sur une branche alors qu’un saut vers les années 1550 sera tout à fait possible sur une autre ramification de votre arbre.

Les actes d’état civil

Registres de Dole

Registres paroissiaux

L’une des plus grandes sources pour retrouver vos ancêtres sont les registres paroissiaux et les registres d’état civil.

Sous ces deux noms se cachent les mêmes documents : un cahier d’enregistrement des actes de naissances ou baptêmes, de mariages et de décès. Toutefois, ces registres n’ont pas toujours existé et quelques datent ponctuent leurs apparitions. Remontons le temps à la recherche de l’origine des enregistrements des actes d’état civil.

1667 – Les registres sont en doubles

Louis XIV, par son ordonnance de St Germain en Laye, datée d’avril 1667, indique la tenue obligatoire des registres de baptêmes, mariages et sépultures (registres BMS). De plus, il impose la signature des actes et la tenue en double du registre. L’un est gardé par la paroisse et l’autre est déposé chaque année au greffe de la juridiction royale. C’est véritablement à cette époque que se démocratisent les registres paroissiaux des baptêmes, mariages et sépultures.

1579 – Apparition des registres de mariages

Henri III

Henri III

L’ordonnance de Blois, daté de mai 1579 et signée par Henri III réaffirme l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539 – voir ci-dessous).

Henri III impose aux ecclésiastiques la tenue des registres de naissances et de décès, mais ordonne que tous les mariages soient également notifiés dans ces registres, avec obligation de verser ceux-ci au maximum deux mois après la fin de l’année en cours et « devant contenir vérité », sous peine de poursuites (article n° 181 des « edicts de Blois concernant la Justice »).

1545-1563 Parrain et marraine cités au baptême

Le 19ème concile oecuménique ou concile de Trente, outre le fait de prôner le libre mariage des enfants sans le consentement de leurs parents, ordonne aux ecclésiastiques de tenir un registre des baptêmes des nouveaux-nés de leur paroisse, registre dans lequel les noms des parrains et marraines doivent figurer, ceci dans le but d’éviter les mariages de personnes liées par une parenté spirituelle (par exemple, un parrain et sa filleule : étant liés spirituellement par le baptême, ils ne pouvaient se marier ensemble).

1539 – Actes de baptêmes et de décès

François Ier

François Ier

En France, l’état civil débute officiellement avec l’ordonnance dite de Villers-Cotterêts. Datant d’août 1539, cette ordonnance signée par François 1er, pose les bases de l’enregistrement des actes de naissances et de décès. Ces actes peuvent donc théoriquement être trouvés à partir de cette date. Théoriquement seulement car l’application de cette ordonnance est restée très limitée : la réticence de beaucoup de paroisses ne font débuter leurs enregistrements que bien plus tard. A l’inverse, quelques initiatives locales permettent de trouver des registres de naissances et/ou de décès bien avant 1539. Les plus vieux registres de France sont ceux de Givry (Saône-et-Loire) : les premiers actes datent de 1334.

Les tabellions et leurs minutes

Enseigne de notaire

Enseigne de notaire

Les tabellions sont les notaires de l’époque. C’est par eux que nos ancêtres pouvaient passer pour officialiser une vente, régler une succession ou encore signer un contrat de mariage.

Les tabellions, comme les notaires d’aujourd’hui, enregistrent ces actes dans des registres bien à eux : les minutes. Bien que ce ne soient pas des actes d’état civil, ceux-ci peuvent parfois préciser la parenté des personnes en présence. Indirectement, ils peuvent donc alimenter une généalogie que les registres paroissiaux ne peuvent plus prouver.

Par abus de langage il est aussi courant d’appeler tabellions l’ensemble de ces enregistrements pour une période donnée.

1433-1437 : les minutes sont conservées

C’est en ces deux années que les deux ordonnances de Charles VII posent les bases de conservation des minutes des tabellions de l’époque. Le plus important reste celui de 1437 qui impose aux notaires du Châtelet de Paris de conserver leurs minutes et de les transmettre à leurs successeurs. C’est une première décision concernant la sauvegarde des registres notariés, car ils n’étaient pas tous conservés. Comme pour les registres paroissiaux, ce n’est pas une règle établie et il est possible de retrouver trace des actes des tabellions avant cette date.

Et avant le 15ème siècle ?

Avant cela, les documents officiels se font déjà plus rares et l’âge n’aidant pas, la fragilité de ceux-ci font que leur consultation est très difficile. Il est donc quasiment impossible de pouvoir remontrer plus haut. Par contre, si vous avez la chance d’avoir un ancêtre issu d’une lignée noble, un espoir est encore permis.

Des généalogies toutes tracées

Ouvrage généalogique

Ouvrage généalogique

Beaucoup de familles nobles ont cette chance d’avoir eu leur généalogie étudiée par des chercheurs, érudits, écrivains ou ecclésiastiques, d’autant plus si ces familles étaient proches (ou se disaient proches) d’une lignée royale. Il est donc probable qu’un ouvrage du fonds ancien d’une bibliothèque puisse vous donner des renseignements sur une famille précise, voire une généalogie ascendante assez fournie qui pourrait fort bien vous emmener vers Charlemagne ou Saint Louis.

A titre d’exemple, il existe un ouvrage, vulgairement appelé « Le Père Anselme » écrit au 18ème siècle, qui décrit « l’Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la couronne, et de la maison du roi et des anciens barons du royaume » en 9 volumes (cet ouvrage peut être trouvé sur le site Gallica de la BNF). Un bon nombre d’ouvrages sont du même acabit et peuvent vous permettre de progresser ou de vous donner une piste à suivre.

Attention tout de même à ce genre de généalogie : être noble était une situation très enviée et il n’est pas rare de voir le cas de certaines familles aisées prêtes à tout pour rentrer dans ce cercle très fermé, quitte à s’inventer une généalogie issue d’une lignée royale. Ne vous contentez pas d’une seule source et tentez de vérifier par d’autres moyens, d’autres écrits, d’autres documents, une généalogie telle que celle-ci. Bien sûr, il ne sera pas toujours possible de le faire, mais vous aurez essayé.

En conclusion

Les deux mots qui pourraient servir de réponse à la question « jusqu’où remonter en généalogie ? » sont chers à Fernand Raynaud et son refroidissement du canon du fusil : « …ça dépend ! » : cela dépend de vos ancêtres, du lieu géographique de vos recherches, de l’existence de documents… Aucune règle ne vous indiquera avec précision une date butoir.

La plus belle des généalogies restera sans aucun doute celle qui pourra être prouvée de haut en bas.

Bibliographie

  • Ordonnances des rois de France de la troisième race, recueillies par ordre chronologique… Paris : imp. royale, 1723-1782. 14 vol. ; in-folio
  • Recueil des Edits et déclarations du Roi, lettres patentes, arrets du conseil de sa Majesté, vérifiés, publiés et régistrés au Parlement à Besançon, et des réglements de cette cour. Depuis la réunion de la Franche-Comté à la Couronne. A Besançon : chez Cl. Jos. Daclin, 1771-1778. 5 vol. ; in-folio
  • BERNARD, Gildas. Guide des recherches sur l’histoire des familles. Paris : Archives Nationales, 1988. 335 p. ; 24 cm. ISBN 2-86000-059-3.
  • BRISSON, Barnabé. Le code du roy Henry III Roy de France et de Pologne… Paris : Claude Morel, 1609 ; in-2°
  • GIRARD, Etienne. Les édicts et ordonnances des très chrestiens roys, François Ier, Henri II, Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Paris : L. Billaine, 1666. ; in-2°
  • HERVET, Gentian. Le sainct, sacré, universel et général concile de Trente, traduit de latin en françois. Anvers : Guill. Silvius, 1564 ; in-8°

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